Le petit martinet qui voulait s'envoler

Aux Chats Libres, nous passons notre temps à venir en aide aux chats, bien sûr ! Plus rarement, nous avons des cas urgents de chiens en détresse...

mais rarement d’oiseaux ! Il est vrai que nous avons eu une jolie histoire avec une oie et une chouette, mais ce sont de gros oiseaux !

Quand on est investi dans la protection animale, on aime et on tente de protéger à chaque fois toutes les espèces, même celles qui nous sont peu familières et que l’on a pas l’habitude d’avoir entre nos mains.

C‘est ce qui est arrivé le week-end dernier, lorsque deux bénévoles ont trouvé au sol un martinet encore trop jeune pour voler et qui, pourtant, avait décidé de se lancer depuis le trou du mur qui lui servait de nid depuis plusieurs semaines.

 

 

 

Comme tous les étés, des couples de martinets noirs viennent nicher et faire leurs petits dans ces abris urbains.

La particularité de ces oiseaux magnifiques est qu’ils passent leur vie sans jamais se poser. Ce sont de véritables « machines » de l’air. Grâce à leur forme profilée et leurs ailes en boomerang, ils accomplissent de véritables exploits de haute voltige !

Ils se nourrissent en volant et vont même jusqu'à dormir en altitude en se laissant porter par les courants d’air ascendants. Les rares fois où ils se posent, c’est lorsqu’ils nidifient et élèvent leurs petits dans les trous des murs des vieilles maisons de village.

Or, si par malheur ils viennent à tomber au sol, même en étant adultes, ils sont incapables de repartir tout seuls. Leurs longues ailes deviennent alors un handicap, car ils ne peuvent pas les faire battre normalement. C’est extrêmement poignant de voir que cet oiseau si majestueux, une fois à terre, devient pataud et s’épuise rapidement en tentant de repartir sans succès au prix d’efforts considérables.

Il devient alors, inévitablement, très vulnérable.

Si rien n’est fait pour l’aider, c’est la mort assurée : soit d’épuisement, soit chassé par un prédateur naturel.

Or, il suffit de le prendre délicatement dans ses mains, les ailes bien repliées, et de lui donner l’impulsion du départ devant soi à partir d’un terrain dégagé en pente douce.

L’envol libérateur est instantané !

Malheureusement pour notre jeune martinet, les deux tentatives sont restées vaines.

Visiblement encore trop novice pour voler tout seul, il n’avait pas encore atteint la maturité nécessaire pour y parvenir de façon innée.

 

 

 

La situation s’annonçait plus délicate que d’habitude !

Mis à l’abri au calme dans une boîte improvisée en « aire de repos » la plus confortable possible, il fallait nous organiser pour le prendre en charge pendant les jours à venir jusqu’à son émancipation.

Or, ces oiseaux sont extrêmement fragiles et requièrent des attentions particulières concernant leur alimentation. En effet, exclusivement carnivores et se nourrissant en vol, ils n’ouvrent pas le bec spontanément pour gober la nourriture qu’on leur présente. Il faut le leur faire ouvrir avec une technique bien précise !

Malgré toute notre bonne volonté, nous étions dépassés. Il ne faut jamais oublier qu'à À vouloir bien faire quand on ne sait pas, on peut faire mal !

Trouver rapidement une solution pour le sauver devint notre seul objectif.

Or, le week-end, les vétérinaires de garde sont sur messagerie… Puis, nous avons pu savoir qu’un point de collecte pour faune sauvage existait pas loin de nous. Hélas... c’était un commerce qui rouvrirait le mardi suivant ! Hors de question d’attendre quarante-huit heures...

Puis, le lien qui unit les amis des animaux s’est déroulé petit à petit, entre coups de téléphone et contacts pris auprès de notre entourage, amis, voisins, connaissances — bref, tout y est passé. Nos efforts ont été enfin récompensés quand nous avons appris qu’un couple, qui réside pas très loin de chez nous, venait en aide et remettait sur patte à peu près tout ce qui est à poils et à plumes !

 

 

 

 

Ces personnes adorables vouent en outre une véritable passion pour les oiseaux sauvages. Propriétaires de chevaux, ils en récupèrent régulièrement sur leur terrain en garrigue, blessés. Ce sont aussi parfois des oisillons trouvés au sol, orphelins, qu’ils nourrissent et soignent ensuite patiemment chez eux, où tout est aménagé pour cela.

Une grande véranda entièrement grillagée et ouverte sur le séjour permet aux volatiles d’être le plus rapidement remis en état de vol, afin de retrouver leur état naturel, puis d’être relâchés !

Pies blessées, pigeons avec aile brisée, éperviers, oisillons étourneaux orphelins...

rien ne leur est étranger !

Aussi, lorsque nous sommes arrivés chez eux avec notre boîte contenant notre petit martinet, ils l’accueillirent avec bienveillance et passion.

Ils avaient l’expérience et savaient comment faire !

Le soir même, après un temps d’accoutumance réciproque, ils ont fait boire et manger le petit martinet normalement, soit  quantre à six fois par jour.

Une semaine s'est écoulée. Notre martinet a bien grossi et repris de la vigueur…

Il donne aussi des signes d’affection extraordinaires à sa maman d’adoption, car il va systématiquement se lover dans son cou quand elle s’en occupe, comme un bébé !

Quelle expérience pour nous tous !

Bientôt, il s’en ira... sûrement au petit matin, au beau milieu d’un champ, blotti dans les mains d’Alain, qui les élèvera au dessus de lui, comme pour faire une offrande au ciel.

Le petit martinet décidera, tout seul, de réaliser son premier envol et de vivre sa vie.

Une fois de plus, Alain et son épouse auront réussi à sauver et rendre sa liberté à l'un des plus beaux oiseaux de nos contrées, qui a eu un jour besoin de la compassion des hommes envers les animaux pour survivre.

PS ; Notre petit martinet a été baptisé Gaston et s’est trouvé depuis hier un copain d’infortune : Émile. Lui aussi a été trouvé après être tombé au sol et s'être coincé sur un trottoir.

Jean-Denis, le 14 juillet 2017